Henri CASTEL : AVIATEURS et avions abattus sur LE QUESNEL (guerre 39 - 45)

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Re: Henri CASTEL : AVIATEURS et avions abattus sur LE QUESNEL (guerre 39 - 45)

Message par Veiovis le Dim 9 Fév - 14:58

HENRI CASTEL ce monsieur a vécu 99 ans !!!! (il est mort le 17 mars 2009)
son avion a été abattu au dessus de Le Quesnel en mai 1940 et il a été éjecté, blessé.
son unité étant GC I/8 (groupement de chasse)


http://www.francecrashes39-45.net/page_fiche_av.php?id=1794&PHPSESSID=e2c017cb8f952c91747058d98d7815da

crash du BLOCH MB 152 s/n 236  codé  2 Y 723
localisation : commune de Le Quesnel, parc du château Blin de Bourbon
décollage Claye Souilly (77)




http://www.ladepeche.fr/article/2009/03/29/583988-fanjeaux-henri-castel-s-en-est-alle.html


"Henri Castel, le doyen de Fanjeaux, s'en est allé.

Tout le monde pensait qu'il ferait un heureux centenaire parmi les siens, mais la mort qu'il avait appris à regarder en face, vient de l'enlever à 99 ans...

Natif de Lasserre-de-Prouilhe, tout jeune sa voie semblait tracée dans son village au milieu des vignes et des champs. Engagé dans l'aviation, mécanicien d'abord, pilote ensuite, son avion était abattu par l'aviation allemande le 27 mai 1940. Gravement brûlé à la face, c'est au prix de longues souffrances et d'une non moins longue convalescence qu'il a survécu.

À l'issue de sa carrière militaire, qu'il a terminée en tant qu'instructeur de pilotes de chasse, c'est à Fanjeaux qu'il s'est établi et là a commencé son histoire d'amour avec son village d'adoption.

Passionné de football, il a été à l'origine de la création de l'Étoile sportive fanjuvéenne. Il faut dire qu'à l'époque trouver un terrain, convaincre la municipalité de l'acquérir, former une équipe avec des joueurs qui pour la plupart n'avait jamais touché un ballon de foot, assurer le secrétariat, était une gageure ! Président d'honneur de l'ESF, les résultats sportifs de ses chers « jaune et noir » l'intéressaient toujours.

Conseiller municipal de 1971 à 1977, il a mis au service de la collectivité sa passion, son sens des responsabilités, sa droiture. La plume alerte, il a rendu service à plus d'un en difficulté avec les tracasseries des papiers compliqués. Le moindre événement qu'il soit familial ou amical le rendait poète, ses enfants et petits enfants peuvent en témoigner.

Sa famille, ses amis, l'association des anciens combattants, qu'il a animée de nombreuses années, les villageois, l'ont accompagné, mercredi dernier, rendant un dernier hommage à un homme connu pour son courage, son amitié, sa gentillesse et sa modestie.

À ses fils Guy et Jean, ses petits-enfants et arrière-petits-enfants vont toutes nos condoléances
" http://www.ladepeche.fr/article/2009/03/29/583988-fanjeaux-henri-castel-s-en-est-alle.html

un stade porte son nom à Fanjeaux, où il a vécu http://www.lindependant.fr/2013/05/29/inauguration-du-stade-henri-castel,1759137.php


on le retrouve en photo (2e à partir de la gauche) ici http://www.31eme-escadre.fr/equipages_dans_la_tourmente/Verna.html


10 février 1942, à l’hôpital ophtalmologique de Montpellier : le S/C Abel Verna avec 4 de ses compagnons d’infortune, tous rescapés comme lui de la chasse allemande pendant la bataille de France.
De gauche à droite : le S/C Abel Verna, l’Adjt pilote Henri Castel (GC I/8, blessé le 27 mai 1940), le S/C mitrailleur Gauche (GB I/62, blessé le 5 juin 1940), l’Adjt pilote Léo Boyer (GC III/7, blessé le 13 mai 1940), et l’A/C pilote Roger Saussol (GC III/1, blessé le 26 mai 1940).


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Re: Henri CASTEL : AVIATEURS et avions abattus sur LE QUESNEL (guerre 39 - 45)

Message par Veiovis le Dim 9 Fév - 16:10

lol... avec Internet on trouve tout. http://www.bibert.fr/Joseph_Bibert_fichiers/Victoires_fichiers/Liautard.htm
voici une photo de l'avion piloté par Henri CASTEL : il avait eu un premier crash puis ensuite a été abattu en mai 1940 sur Le Quesnel



BLOCH 152 n°236 codé"2" immatriculé "Y-723" - 2°escadrille du GC I/8
Accidenté le 20 avril 1940 par casse du train - Pilote : s/lt LAMAISON
Détruit le 27 mai 1940 : abattu par un 109, pilote adj. CASTEL parachuté, blessé.
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Re: Henri CASTEL : AVIATEURS et avions abattus sur LE QUESNEL (guerre 39 - 45)

Message par Veiovis le Dim 9 Fév - 16:26

http://www.anciens-aerodromes.com/?p=2212


QUE S'EST-il PASSé ce 27 mai 1940 ????


Le 27 mai 1940, trois Bloch faisant partie d’un patrouille du GC I/8 chargée d’escorter des bimoteurs Potez 63-11 sur l’axe Albert-Valenciennes sont subitement attaqués au dessus de la Somme par un groupe de  douze Messerschmitt Bf 109. Un premier avion français est descendu et son pilote est tué. Un second Bloch, gravement touché, tente un atterrissage forcé et se fait copieusement canarder par les troupes françaises qui ont rapidement perdu l’habitude de voir des avions à cocarde tricolore dans le ciel depuis le début de la bataille. Par chance le pilote s’en tire sain et sauf, mais on constate ici avec effroi à quel point nos troupes pouvaient être désorientées et incapables de maîtriser la situation.

on peut retrouver toute l'histoire ici :
http://www.anciens-aerodromes.com/?p=2212


petit retour en arrière :  le 20 mai 1940, le groupe de chasse GC I/8 reçoit ordre de décoller de Chantilly pour se replier vers sa nouvelle base de Claye-Souilly
tous les appareils du GC I/8 sont regroupés au grand complet au matin du 21 mai 1940, et pilotes et mécaniciens commencent à dresser leurs tentes en pleine nature.
Le GC I/8 est équipé de chasseurs Bloch 152 produits par les usines de Marcel Bloch, plus connu après le conflit sous le nom de Marcel Dassault. Bien que solide et de conception récente, cet avion est moins rapide que son adversaire direct de la Luftwaffe: le Messerschmitt Bf 109. Il aura lui aussi surtout le désavantage permanent du nombre dans cette bataille inégale qui vient de s’engager dans le ciel de France…

A partir du 23 mai, les pilotes du GC I/8 de Claye-Souilly vont effectuer de nombreuses missions sur les secteurs du Nord et de la Picardie en proie à une lutte désespérée des troupes françaises contre un envahisseur que rien ne semble plus pouvoir arrêter. Dès le 25, une patrouille composée de six Bloch 152 et commandée par le capitaine Calmon réussit à descendre trois bombardiers Dornier Do 17 de la Luftwaffe au dessus d’Amiens.

L’escadrille assure également la protection des missions de reconnaissance aérienne sur la ligne de front. Le 27 mai, trois Bloch faisant partie d’un patrouille du GC I/8 chargée d’escorter des bimoteurs Potez 63-11 sur l’axe Albert-Valenciennes sont subitement attaqués au dessus de la Somme par un groupe de  douze Messerschmitt Bf 109. Un premier avion français est descendu et son pilote est tué. Un second Bloch, gravement touché, tente un atterrissage forcé et se fait copieusement canarder par les troupes françaises qui ont rapidement perdu l’habitude de voir des avions à cocarde tricolore dans le ciel depuis le début de la bataille. Par chance le pilote s’en tire sain et sauf, mais on constate ici avec effroi à quel point nos troupes pouvaient être désorientées et incapables de maîtriser la situation.




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Henri CASTEL : AVIATEURS et avions abattus sur LE QUESNEL (guerre 39 - 45)

Message par Veiovis le Dim 9 Fév - 16:35

autres infos sur cette journée   http://forum.aviation-ancienne.fr/t7338-27-mai-1940

le 27 mai 1940

GC I/8 ( ? – MB. 152) :
En début de matinée, 9 appareils effectuent une mission de protection de 2 Potez 63, sur les axes Bapaume-Arras-Douai. Des Bf 109 interceptent, soleil dans le dos, l’une des patrouilles (S/L Gouachon, Caporal-chef Kralik et Adj Castel) :
-l’appareil du caporal-chef Kralik explose en vol, entraînant son pilote dans la mort
-l’adj Castel, qui essaie de déguager le S/L Gouachon-Noireault d’un 109, est égualement descendu en flammes ; le pilote est très grièvement brûlé aux mains et visage, et a le nez traversé par une balle. (les 2 pilotes sont sans doute les 19ème et 20ème victoires de Molders)
-le S/L Pierre Gouachon-Noireault parvient à regagner le terrain, il est indemme mais son appareil est très sérieusement touché. (il mourra le 27/05/1946)
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Re: Henri CASTEL : AVIATEURS et avions abattus sur LE QUESNEL (guerre 39 - 45)

Message par Veiovis le Ven 19 Fév - 7:51

http://www.picardie-1939-1945.org/IMG/pdf/Repertoire_les_aviateurs_et_des_avions_francais.pdf

"27 mai 1940

Le Quesnel :
Au cours d’une mission de protection de deux Potez 63, les 9 avions de chasse du G.C. I/8
sont surpris par un groupe de Me 109 profitant du soleil pour arriver dans leur dos.

Le caporal-chef Antoine KRALIK, né le 16 juin 1916 à Aranice en Tchécoslovaquie, pilote ce
jour-là un Bloch 152, n° 555. Il est abattu par le Hauptmann Molders dont c’est la vingtième
victoire. Le Bloch 152 explose en vol, le pilote tchèque ne survit évidemment pas. Il sera
retrouvé carbonisé.

C’est en se rendant au Quesnel pour une enquête sur un autre pilote que
Mme L’HERBIER-MONTAGNON découvre par hasard la tombe d’Antoine Kralik, que lui a
signalé le maire, dans le cimetière du village. (2)

Un autre Bloch 152 de ce groupe, n° 236, piloté par l’adjudant Henri CASTEL, au cours du
même combat est descendu en flammes. Castel grièvement blessé (le nez traversé par une
balle) et sérieusement brûlé aux mains et au visage, réussit à se détacher et saute en parachute.
Sauvé, il est hospitalisé par la suite à Montpellier. (2) (5)"

http://www.picardie-1939-1945.org/IMG/pdf/Repertoire_les_aviateurs_et_des_avions_francais.pdf

autres références : Mme Germaine L’HERBIER-MONTAGNON dans son livre « Disparus dans le ciel »

autre référence : dans le livre "Ils étaient là" de J et P Martin - 27 mai 1940
"Le Cch Kralik est abattu par le Hauptmann Molders (20ème victoire)"
http://picardie-1939-1945.org/phpBB2new/viewtopic.php?t=1160&p=5872
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Re: Henri CASTEL : AVIATEURS et avions abattus sur LE QUESNEL (guerre 39 - 45)

Message par Veiovis le Sam 5 Mar - 20:03

Voici, un document qui m'a été transmis par Mr MICHEL DECALF

Henri CASTEL

Ce brave et grand monsieur, à l'heure où nous écrivons, vit à Fangeaux dans le département de l'Hérault de sa paisible retraite bien méritée après toutes ces cicatrices laissées par ses missions aériennes sur notre malheureux village du Quesnel et ses environs. (ndrl : Mr CASTEL est décédé en 2009)

Récit de Monsieur Henri CASTEL, pilote au Groupe de chasse I/8. Correspondance avec l'auteur en date du 10 août 1999. Extrait de "Ils étaient là" de Paul MARTIN.


À Patricia, à la recherche du temps passé

Ma dernière mission de guerre : 27 mai 1940 à Claye-Souilly. À 7h30, la patrouille Adjudant CASTEL, Caporal-chef KRALIK (Tchèque), sous-lieutenant GOUACHON, dans l'ordre des fonctions, participent à une mission de protection de 3 Potez 63.11 sur l'itinéraire Albert - Arras - Douai - La Scarpe – Saint Amand - Valenciennes, soit une belle promenade chez les Allemands, qui galopent vers Dunkerque.
La patrouille de la 2ème escadrille devant assurer la couverture haute.

L'Adjudant PLUBEAU mandaté pour une tournée d'information était venu à Hyères fin novembre 1939 nous conter ses combats mémorables "des 9 contre les 27" et tirer des conclusions de comportement sur l'adversaire. Dans ses propos, il nous avait renseignés sur la tactique des Allemands avec lesquels, il s'était avantageusement mesuré.
"Si vous restez en patrouille serrée, ils ne vous attaqueront pas, avait-il dit, et souvenez-vous qu'ils ont des difficultés dans le virage serré à droite en combat".

Pourtant en ce jour du 27 mai, c'est bien le contraire qui nous est arrivé, sans avoir cherché à mettre en pratique, rien d'autre que le règlement de manœuvre.

À vrai dire, nous n'étions pas encore en formation de combat, mais en patrouille serrée, lorsque nous avons été attaqués par douze Bf 109.

Les circonstances ont voulu que je décolle en retard du dispositif qui comprenait, outre les trois Potez, deux patrouilles de Bloch 152, dont une de la 1ère escadrille, qui devaient assurer la couverture basse sous les ordres du Lieutenant BOUYSSE. Lors de la mise en route assez brutale au décollage, mon siège recule et je ne puis atteindre le palonnier.
Il faut dire que déjà la pénurie des avions faisait que chaque pilote ne disposait plus de son propre avion.

Celui-là, le n° 236, était celui du Lieutenant LAMAISON qui lui, avait de longues jambes, de plus son siège avait été mal enclenché. Revenu au starter, mon mécanicien eut tôt fait de le verrouiller en bonne position, mais le dispositif était déjà loin.

Le régime de croisière des Potez 63.11 me permettait de les rejoindre assez vite sans le secours de la surpression. Déjà Montdidier apparaissait devant moi, lorsque je rejoignais le groupe à 7.500 mètres d'altitude.

J'approchais la patrouille basse à laquelle s'étaient joints mes équipiers ; battant des plans pour signaler, dans un balancement prononcé qui nous est familier, je les ramenais 300 mètres au-dessus occuper notre position.

Voilà que, à peine arrivé, encore en patrouille serrée, je vois GOUACHON partir en virage à gauche. Je pense à une panne possible. Au même instant, j'aperçois devant mon capot le sillage d'une gerbe de traçantes venant de l'arrière. Serais-je tiré ?

Et voilà que, derrière GOUACHON que j'observais, je vois un 109 qui le mitraille, bien installé sur ses arrières. Aussitôt, je vire brutalement à gauche pour le dégager. Les tôles du Bloch éclatent et s'envolent sous les coups du Me qui fait mouche.

En cette fraction de seconde j'espérais, je souhaitais même, que l'une d'elles heurte le 109, et brise son hélice. Je serre très fort mon virage et je prends l'Allemand en plein travers, bien ciblé dans mon collimateur, je lui envoie une longue rafale en tir de toute mon artillerie.

Au même instant, je reçois comme un formidable coup de poing sur la joue gauche. Je suis à nouveau touché par un autre 109 et cette fois, c'est aux yeux car je ne vois plus rien, je sens le sang couler sur mes joues et j'ai le feu à bord. Je sens mes mains qui brûlent. Je suis aveugle et j'ai de la peine à respirer dans le brasier, que la vitesse active et transforme en chalumeau.

Je ne vois plus rien ! Pas même le tableau de bord. Touché par un projectile à la face, à 7.500 mètres, mon sang a giclé par hémorragie. Je ne peux plus piloter, les flammes s'engouffrent dans l'habitacle et lèchent le manche à balai ; d'instinct, il me semble que mon avion part vers la droite.

Tout est perdu maintenant.... Je dégrafe mes bretelles d'attache au siège. Je n'ai plus que quelques secondes à vivre...

Ces derniers jours, j'ai vu tomber de nombreux camarades, vriller, en flammes eux aussi et percuter. Ça descend vite ! ....

C'est ce qui m'attend !... Maintenant c'est mon tour... C'est fini !
Cette rencontre avec la mort, ces deux ou trois secondes d'intense émotion, il faudrait deux pages pour les traduire. Je voudrais être doué et saisi d'éloquence pour décrire cet instant poignant et douloureux, ces deux secondes ressenties concrètement à la fois dans la douleur physique mais surtout dans la vision finale qui ne laissait aucune place à l'espoir.
C'était celle du condamné à mort face au peloton d'exécution. Celle du naufragé qui sent partir la vie avec le bateau qui s'éloigne. L'impuissance à désarmer le spectre de la mort qui s'avance. C'est l'agonie lucide de tous les mourants. Enfin, l'angoissante transition de vie à trépas. Cette seconde est longue à définir, son issue est fatale, irrémédiablement fatale....

Ma désespérance est infinie.... Elle déclenche une acceptation résignée du destin. Adieu Manine ! Adieu mes chéris ! Adieu la vie !... Après le Capitaine ASTIER le 10 mai, avant hier CHOULET, hier DUPOUY, ils n'ont pas dû souffrir longtemps.

Ça va être vite fait ! Pensai-je en guise de consolation et…à la grâce de Dieu !

Cet appel à la miséricorde divine s'accompagnera d'un signe de croix fervent, juste avant de m'évanouir.

Plus qu'un credo, ce dernier signe était plutôt mon In Manus. Mon masque inhalateur, lui aussi, m'avait abandonné et, à 7.500 mètres, même à - 45° on s'endort subitement comme avec la morphine et sans se rendre compte, par manque d'oxygène. C'était donc, comme une douce préparation.

Après cet instant plus court que mon récit, je suis incapable de conter la suite, ni savoir ce qui s'est passé. Je m'étais évanoui par anoxémie. Un vide total dont je ne connais pas la durée, un moment, au cours duquel devait se dérouler pour moi, le plus important de la tragédie et dont je ne peux témoigner.

Le choc relativement brutal des fesses sur le sol me tira de cette inconscience. Je m'éveillai tout ébahi, c'était un prodigieux étonnement... J'étais sauvé !
Mais comment cela a-t-il pu se produire ? Pourtant, dans le désarroi de l'esprit, j'avais dit oui à la mort par une cruelle résignation. Je compris là, qu'il avait entre la vie et la mort, quelque chose d'indéfinissable, une frontière de singulier partage qui était d'ordre divin.

Livré à lui-même, ordinairement l'avion se met en vrille, sous l'effet du réglage en cabré, qui favorise le virage serré en combat. Comment suis-je sorti de cette fournaise ? Autres questions sans réponse l'avion a-t-il explosé ? Ai-je été éjecté et à quelle altitude ? S'est-il disloqué ? Il me manquait une chaussure, ai-je accroché l'empennage ? Ou le cockpit ? Heureusement, j'avais l'habitude de voler cabine ouverte, le Bloch était solide.

Un pilote français, LE MARTELOT, avait été retenu dans l'habitacle, une balle ayant coincé la crémaillère. Un autre, le Capitaine JOLICŒUR de l'I/6, fut également pris au piège par le givrage des coulisseaux et se trouva prisonnier de son avion. Toutes ces questions, longtemps je me les suis posées. Par quel mystérieux artifice ce suis-je sorti de là ?

Et le Me 109 cadré dans mon collimateur a-t-il été hors de combat ? J'appris par la suite que GOUACHON pu rejoindre la base. Le Me 109 avait donc lâché prise. Alors par quel hasard providentiel ai-je pu avoir la vie sauve ?

Cette interrogation m'obsédait sans que j'y puisse trouver réponse. Bien sûr, j'ai connu de rares cas semblables où la mort imminente, inévitablement, n'a pas franchi le dernier pas, comme s'apercevant que le condamné bénéficiait d'un report de délai.

Pour l'instant, je souffrais atrocement de mes mains affreusement brûlées. Dans le brouillard de mes yeux, je les voyais plaies ouvertes éclatées, comme la saucisse sur le gril. Je retrouvai d'un coup ma lucidité et pensai à me dégager de mon parachute de crainte que le vent ne m'entraînât, puis je levai les bras en l'air pour diminuer l'influx sanguin sur mes mains endolories. Cette position me soulageait.

Trois soldats en kaki me découvrirent ainsi, bras au ciel, au bord d'une haie que je vois encore indistinctement. Après m'avoir mis en joue avec leur fusil et entendu mes jurons "les salauds, ils m'ont eu" ils me prirent et me portèrent au groupe sanitaire non loin de là.

J'étais, parait-il, tombé à Roye sur nos lignes dans la Somme.

"Les salauds, ils m'ont eu", grommelai-je encore rageusement.

Peu après, j'étais entre les mains d'un toubib. On me déshabille avec précaution. "Coupez les manches de sa vareuse avec les ciseaux", dit-il à ses assistants. "Coupez son alliance, son bracelet et sa plaque d'identité".

Puis à la radio... à la recherche des éclats de projectiles. "Vous avez des dents en métal". "Oui docteur" et puis un long sommeil commença.

À mon réveil je me trouvai, me dit-on, à Senlis à la clinique Saint Joseph où d'aimables religieuses étaient attentives à mes soins. Dans ma chambre un calme reposant, je ne sais si j'étais isolé ou si d'autres blessés se trouvaient près de moi, du moins le premier jour. Ma tête et mes yeux étaient bandés et je ne pouvais rien voir. Combien de temps se passa-t-il dans cette semi léthargie ?

Je me sentais très bas. Mes souffrances s'étaient quelque peu atténuées ; avais-je été piqué ? Bientôt une bonne sœur m'apporta une potion puis me posa des questions ; elle me proposa d'écrire à mon épouse. J'acquiesçai à cette gentillesse et lui demandai de donner aussi de mes nouvelles à mon commandant de groupe qui avait dû me porter disparu. Cette lettre qui n'était pas de ma main, plongea mon épouse au comble du désespoir par les suppositions et les incertitudes qu'elle y relevait. Elle la garda longtemps.

D'autres souvenirs de cet hôpital s'estompent, notamment mes soins de pulvérisation du visage. Mes brûlures aux mains furent soignées au tanin. J'étais dans un grand état d'abattement, tenu à la diète, j'étais très affaibli.

Blessé aux yeux, les pansements m'empêchaient de voir, mais j'entendais ce qui se murmurait autour de moi. C'était un aviateur allemand abattu qui rentrait et, je devinai dans la nuit, le transfert d'un cadavre que, silencieusement, on prenait du lit voisin.

La rapide avance de l'ennemi provoqua des évacuations répétées vers le sud. Senlis Creil fut une étape assez courte en ambulance.
C'est à Creil où je ne restai que quelques jours, que je reçus la visite de deux camarades de l'escadrille envoyés par mon Commandant qui avait eu de mes nouvelles, Claye-Souilly n'était pas si loin.

Giordani apportait ma cantine; il y avait joint un parachute (il était d'usage de remettre, d'offrir au pilote, le parachute qui l'avait sauvé).

Il va sans dire que dans la retraite tout cela fut perdu, abandonné dans les replis successifs. Le bond suivant, toujours en ambulance, me conduisit à Évreux. Là, l'hôpital était près de la gare.
Un train de munitions attira les bombardiers allemands qui vinrent égrener leurs chapelets de bombes, quelques-unes tombèrent dans la cour arrachant quelques arbres et provocant une panique générale aussi bien chez les blessés que dans le personnel infirmier. Tout le monde, du moins ceux qui le pouvaient se précipitèrent vers le rez-de-chaussée jusqu'à la fin de l'alerte.

Évreux, Vernon, Alençon, Le Mans, toujours par la route. Dans l'ambulance de grands blessés priaient à voix haute au-dessus de moi.
En chemin, nouvelle alerte, arrêt de l'ambulance, ronronnement de bombardiers, attente angoissée ce devait être vers l'Aigle, quelqu'un avait prononcé mon nom. Je passai quelques jours pénibles au Mans avec un matin, un moment dépressif. "Ma sœur, je ne vois plus du tout ! ". On m'avait allégé mon pansement. Désespérée, elle appelle le médecin-chef. Le Lieutenant-colonel fort aimable relève mes pansements, nettoie mes yeux.

Et maintenant, ça. Va-t-il mieux ? Combien de doigts voyez-vous ? dit-il en approchant sa main.

Ca va mieux, j'aperçois vos deux doigts.
Puis, sans doute surpris par mon accent.
D'où êtes-vous ?
De Fanjeaux, tout près de Carcassonne.
Ah oui, il y a une sacrée côte. Je la monte souvent pour aller à Labastide-sur-L'Hers, vous connaissez ?
Oui, assez bien, répondis-je, heureux et réconforté de ces consolantes paroles qui venaient du Midi.

Les hôpitaux du Nord regorgeaient de blessés et l'avance allemande toujours plus pressante. Ce fut enfin un train sanitaire qui nous évacua sur Pau. Je passai dans cette ville une période plus longue à l'hôpital général. J'avais un box vitré, que je partageais avec un sergent-chef artilleur parisien, Gustave VAUTIER blessé à l'épaule. Nous échangeâmes nos péripéties. Il s'avéra bon camarade et se montra à mon égard très dévoué, car je ne pouvais me subvenir, les mains atrocement brûlées et contenues dans un énorme pansement. Il était plus valide que moi. Les infirmières en nombre insuffisant, il lui arriva souvent de me faire manger ; il était également devenu mon nègre chargé de ma correspondance.

L'odyssée tragique de Gustave VAUTIER n'était pas moins pathétique. Blessé par un éclat d'obus à l'épaule à Dunkerque, il voulut avec six camarades, dont un autre blessé gravement, échapper à l'étreinte allemande qui se resserrait sur eux. S'emparant d'une barque, ils tentèrent la traversée de la Manche. Au large, mesurant l'impossibilité de leur tentative, ils décidèrent plutôt de longer la côte française vers le sud. Plus loin, essayant d'accoster, ils sont reçus par quelques salves de mitrailleuses qui les obligent à s'éloigner à nouveau.
Dans la nuit, le blessé mourut. Ils durent, devant leurs difficultés et, avec les regrets et les remords que l'on devine, lui réserver "une sépulture marine".
Ils accostèrent bien plus bas vers Dieppe où l'ennemi n'était pas encore parvenu. C'est le cœur serré, avec une émotion et une tristesse mêlée de turpitude qu'il évoquait ces souvenirs poignants.

Quelques jours après mon arrivée à Pau, j'eus l'immense joie de la visite de mon épouse et mon de fiston Guy qu'accompagnait mon beau-père, malgré le trafic perturbé des chemins de fer. Ma femme resta un mois environ, logée chez une infirmière, suppléant à mon chevet ces dernières qui avaient nom Mme BIDAULT et Mlle CAUBIOS toutes deux très attachantes.

Le traitement des brûlés et particulièrement des aviateurs, dont l'essence contenait du tétra éthyle de plomb, posait problème au corps médical. En ce qui me concernait, je subis trois méthodes de soins différentes.
Par application de tanin tout d'abord. Trois jours après, celui-ci se dégagea comme un gant laissant apparaître des plaies vicieuses à mes mains. Ensuite traitement au tulle gras, les chairs poussèrent alors trop vite en bourrelets qu'il fallait repousser au nitrate d'argent ; pansements intolérables, un vrai supplice ! La troisième méthode préconisa selon un lieutenant médecin arrivant du Val de Grâce, l'emploi d'huile goménolée.
Ce traitement fut long mais moins douloureux; tandis que le Les nouvelles étaient toutes des plus alarmantes. Le jour où l'on nous annonça que les Allemands arrivaient à Orthez, tout proche, je ne pus retenir mes larmes.

Mais peut-on compter ses larmes, lorsque la Patrie succombe sous les armes ?

Le lendemain c'était l'effondrement avec la demande d'armistice et l'annonce de deux millions de prisonniers français. Je n'oublierai jamais le lancinant indicatif radio qui précédait les bulletins d'information, aux accents inutiles. "Aux Armes citoyens ! Aux Armes citoyens ! Aux Armes citoyens !"
Un long répétitif qui était comme une vive morsure au cœur.
Les jours qui suivirent, avec de grandes souffrances s'ajoutant à un moral déprimé se prolongèrent durant 22 mois à l'hôpital de Carcassonne pour un temps.
Le médecin, le Capitaine MARTY, m'autorisa à résider en ville. Ce fut au 2, rue Trivalle, non loin de l'hôpital où j'allais tous les trois jours refaire les pansements.

Vint ensuite le séjour à Montpellier pour la chirurgie. Réfection des paupières à l'hôpital général chez le professeur DEJEAN, puis à l'hôpital De Lauwe enfin à Saint Eloi où le professeur ROUX procéda à la greffe de ma main droite par un emprunt ventral.

C'est le 8 avril 1942 que se termina ce long chemin de croix. Les traitements finis, je passai devant le centre de réforme de Montpellier qui mettait un terme au séjour dans les hôpitaux qui avait duré 22 mois. Mon escadrille était alors stationnée à Fréjorgues et souvent j'allais faire une courte visite à vélo depuis l'hôpital, heureux de retrouver les rescapés de l'humiliant désastre.

J'avais pu lire le bref compte rendu officiel de cette mission, qui faisait état, dans un communiqué lapidaire : "finalité positive de cette mission de reconnaissance, les 3 Potez étant rentrés porteurs de renseignements importants; mais ce renseignement a coûté cher à la 2ème escadrille par la perte de deux équipages disparus, deux avions abattus en flamme dont un pilote tué et un gravement blessé, hors de combat".

Le sous-lieutenant GOUACHON lui, a pu rentrer, son avion endommagé.

Je ne suis jamais revenu, hélas ! Sur ce lieu si bien précisé où j'aurais pu me recueillir sur la tombe du petit KRALIK, ce jeune Tchèque de vingt ans à peine, mon équipier valeureux.
Déjà, il avait été abattu une première fois, quelques jours avant, vers Beauvais heureusement sans dommage et avait rejoint rapidement l'escadrille en stop, avec son parachute, dans la cohorte des réfugiés. Le dernier combat, hélas, fut fatal. Avec ses prolongements, ce fut tout cela ma dernière mission de guerre contée simplement et objectivement avec mes états d'âme. Et puis ? dira-t-on...

Puis, venu l'atténuation des souffrances physiques, partageant le douloureux accablement du pays et souffrant moralement de ses meurtrissures, je fus à nouveau volontaire pour une activité aérienne difficilement, mais victorieusement disputée et finalement arrachée aux sévères commissions médicales de l'Air qui m'avaient déclaré "Inapte au PN", grâce au recours à l'état-major qui considéra que l'expérience aérienne pouvait compenser la diminution physique due à mes blessures. Je devins alors moniteur pilote à Cognac. Ainsi, oubliant le péril des flammes ardentes, je redonnai libre cours à l'ardente passion.

En outre au verso du même courrier, il est précisé que le Caporal piloté la 2è escadrille de l'armée tchécoslovaque. Il est tué au combat aérien le 27 mai 1940 vers 7h35. Cela correspond au décès (voir registre d'état-civil du Quesnel à cette date) de Maximilien PILLOT, habitant au n° 13 de la rue de Beaufort, oncle de Messieurs Bernard PILLOT, Hubert GARBET et Michel GARBET. Dans l'acte de décès, il est inscrit, inhumé au Quesnel. Il est cité à l'ordre de la Z. O. A. N  ordre 37 du 5 juin 1940.
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Re: Henri CASTEL : AVIATEURS et avions abattus sur LE QUESNEL (guerre 39 - 45)

Message par Veiovis le Sam 5 Mar - 20:19


"L'escadrille des grands brûlés" de l'hôpital général de Montpellier, fin 1941. De g. à dr. Adjudant-chef SAUSSOL (GC III/1, 26.05.40), Adjudant CASTEL (GC I/8, 27.05.40), Sergent-chef VERNA (GB I/31, 31.05.40), Adjudant-chef GAUCHE (GB I/62, 05.06.40) Adjudant BEAUVALLET (GAO I/506, 18.05.40), Adjudant Léo BOYER (GC III/7, 13.05.40).
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